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[2 sample or not 2 sample] Spécial samples do Brasil !

[2 sample or not 2 sample] Spécial samples do Brasil !

Elo | On

On en a déjà parlé sur Cultiz, les samples jouent un rôle essentiel dans la plupart des instrus de rap. Qui n’a jamais, à la première écoute d’un morceau, bloqué sur une mélodie familière en se demandant, « mais où est-ce que j’ai déjà entendu ça ? »
C’est le pouvoir du sample. Sur le principe du « rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme », cette fabuleuse technique permet des associations improbables, de l’Autriche du 19e siècle à Paris 18e en passant par le Bronx des 90s.
Une méthode qui s’est tellement généralisée qu’on se demande parfois si l’original gagne à être samplé, ou si le vinyle aurait mieux fait de rester au chaud dans sa pochette et garder son intégr(aal)ité. Et comme on aime bien Shakespeare et avoir votre avis, on vous pose la question:

« 2 sample or not 2 sample ? »

 

Le Brésil, c’est un sujet récurrent sur Cultiz ; parce qu’il y fait bon vivre, parce que le street art y est novateur et très actif, et surtout pour leur cachaça scène musicale.
Comme il fallait bien boucler la boucle, on a décidé cette fois-ci de se pencher sur les samples de ses artistes les plus traditionnels, repris par des rappeurs et beatmakers actuels.

buarque vinicius

(De gauche à droite : Chico Buarque, Tom Jobim et Vinicius de Moraes, en 1979 à Rio, après un barbec)
Commençons avec un des plus emblématiques : Chico Buarque. Né en 1944 à Rio de Janeiro, il fait partie des artistes ayant amené un renouveau majeur dans la musique brésilienne, en initiant à la fin des années 60 la Música Popular Brasileira (MPB), genre révolutionnaire (dans tous les sens du terme) issu de la fusion de la bossa nova, la samba, le jazz et le rock.
Chico est aussi fils de l’historien et sociologue bien connu au Brésil Sérgio Buarque de Holanda, ce qui explique sûrement en partie ses prises de position contestataires, notamment contre la censure exercée par la dictature brésilienne à la fin des années 60. En pleine interprétation d’un de ses morceaux phares, Roda Viva, il verra d’ailleurs la scène être envahie par un commando anti-communiste, qui la détruiront avant d’attaquer les artistes ; c’est dire le degré de tolérance à l’époque. Ça n’empêche pas l’artiste de répliquer de plus belle, notamment avec le morceau Apesar de você (Malgré toi) qui en devenant un hymne contre la dictature lui vaut un séjour en prison. S’ensuit un bref exil en Italie (où il rencontre le légendaire Vinicius de Moraes), pour mieux revenir et continuer à protester par le biais de son art.

Il faudra attendre la fin des années 80 pour que Chico se fasse connaitre en France ; et ça me fait un peu mal d’écrire ça, mais c’est par le biais d’une pub que nous découvrirons le magnifique Essa Moça ta diferente. Il n’en faut pas plus pour que rapidement le public s’engoue et les reprises pleuvent, de Nougaro à France Gall, en allemand (et pourquoi pas). Mais outre la variet’, la voix de cette légende brésilienne a porté jusqu’aux platines de rappeurs français ; la preuve ci-dessous.

Le samplé

Une même instru, un même thème, deux interprétations différentes ; «La saudade tourne, tourne comme un vinyle sur une platine» au Brésil, ce à quoi le rappeur français répond : «Dans ma vie, j’avoue, je ne pleure pas trop, je ris». Tout est dit, en tout cas les deux morceaux sont emprunts de cette légèreté musicale propre à la samba, portée par un saxophone jazzy et euphorisant. (toutes mes excuses pour le cut assez crade du premier morceau … n’est pas dj qui veut, et encore moins sur youtube)

Le sampleur


Le samplé

On poursuit avec un grand classique de la musique brésilienne… Vous aurez tous reconnu ce morceau dont on vous parlait déjà il y a quelques semaines, parce qu’on ne se lasse pas à la rédac de ses vertus adoucissantes. Le parallèle des paroles est ici assez intéressant ; alors que Chico Buarque nous décrit une femme mystérieuse, distante et fascinante, à travers le mythe romantico-fantasmatique de la carioca, du côté de Kacem et Demi Portion c’est plutôt le mythe du bad boy qui est exploré, son bic, sa ténacité et ses punchlines comme seules armes.

Les sampleurs

J’ai remarqué que la plupart des rappeurs qui samplent de la MPB ne peuvent s’empêcher de pousser la chansonnette. Le plus souvent, je trouve que c’est une très mauvaise idée et que ça peut gâcher un morceau. Au mieux ça fait juste super bizarre, au pire ça se transforme en (mauvais) (est-il utile de le préciser ?) R’n’B. Et pourtant, il faut croire que Kacem sait décidément tout faire, parce que pour une fois, ça passe plutôt bien. Et ce genre de rimes ultra riches qui ne se prennent pas au sérieux et qui sont l’apanage du emcee, comme « quand Demi Portion t’rentre dedans, dur de garder tes 32 dents », moi je dis OUI.

A noter que le morceau avait déjà été repris par Akhenaton dans L’école de Samba sur l’album Soldats de Fortune, en feat avec Veust Lyricist et Iam pour les choeurs. Festif.

Les sampleurs

Un autre carioca, d’ailleurs très proche de Chico ; j’ai nommé Milton Nascimento, tout à tour accordéoniste, DJ, jazzman, rockeur et sambiste. Un éventail plutôt large qui lui a permis de collaborer avec Herbie Hancock, Quincy Jones ou encore Cat Stevens. Une collab avec le beatmaker de Mesnil Montant et le rappeur de Long beach, LMNO ? Et pourquoi pas, dirait-il peut-être ; en tout cas la transformation d’une innocente boucle de piano samba en un sample redoutablement old school à la RZA fonctionne super bien.

Le samplé

Le samplé

Vinicius de Moraes, c’est une caresse sonore, une voix de velours, l’apaisement instantané, la saudade incarnée. Le plus souvent accompagné d’instruments réduits à leur plus simple expression, parce que la voix et l’émotion se suffisent à elles-mêmes. Le morceau ci-dessous ne fait pas exception, une samba feutrée qui met guitare et basse à l’honneur sur laquelle le Poetinha, comme on le surnommait, nous offre un hymne romantique à deux voix.


Les sampleurs

La barre était bien haute, et pourtant le producteur de génie la franchit sans problème et parvient à retranscrire cette atmosphère langoureusement nébuleuse (à moins que ce ne soit le contraire) dans ce magnifique morceau aux accents triphop, tour à tour bercé par la voix de crooner de Vinicius et scandé par le flow tranchant du emcee californien Declaime, puis celui délicieusement groovy de Patti Blingh. Le tout égrainé de notes de piano éthérées qui semblent flotter quelques temps en suspension avant de s’écraser dans un beat sourd… Un délice.

La samplée

On termine avec un classique de la Bossa Nova interprétée par Bebel Gilberto –qui, contrairement aux apparences, n’a aucun lien de parenté avec Astrud (souvenez-vous, la fille d’Ipanema … ) mais une voix tout aussi suave. La bossa nova («nouvelle vocation» en portugais), c’est la fusion de la samba et du cool jazz (en opposition avec les rythmes frénétiques du bebop, et dont l’une des figures phares était Dave Brubeck), qui a vu le jour à Rio à la fin des années 50, grâce à des artistes qui commençaient à se lasser des percussions systématiques et des harmonies standard de la samba. Parmi ces derniers, on retrouve d’ailleurs Joao Gilberto (le père), ou encore Antônio Carlos Jobim, que je ne peux que vous inviter à écouter si vous appréciez ce style. Le genre ne tardera pas à devenir un succès planétaire, notamment grâce au saxophoniste américain Stan Getz.

Le sampleur

Entre la bossa et le down tempo, il n y a qu’un pas, qu’Amon Tobin franchit avec aisance et subtilité. Quand on sait que le beatmaker signé chez Ninja Tune nous vient justement de Rio et que ses productions flirtent souvent avec le jazz, quand ses expérimentations ne s’orientent pas vers le breakbeat, le drum n’bass, le hiphop ou la jungle, la reprise parait assez évidente. Le résultat ? Un morceau stellaire et ultra chill, à mi-chemin entre les deux genres. Je sais pas vous, mais je crois que c’est l’heure d’une petite caipirinha…