Critique : La piel que habito, de Pedro Almodóvar.
LA NOTE DE CULTIZ : 9/10
SYNOPSIS / CRITIQUE :
Le premier plan nous offre une vue troublante, celle d’un corps filiforme, aux formes féminines néammoins dissimulées sous une combinaison opaque, et recourbé à l’horizontale sur un sofa. Le titre apparaît alors en caractères distincts, nets et tranchant l’image de leur ligne rouge sang, précis comme l’incision d’un scalpel. Avec ces premières images, Almodóvar annonce la couleur : une mise en scène classieuse, presque aseptisée, du moins suffisamment pour créer une tension réellement palpable chez le spectateur, qui se doute sans effort de ce qui se trame derrière ce décor sans bavures. Là où l’on s’attend à une véritable boucherie, Almodóvar nous livre, comme à son habitude, des scènes glauques mais bien menées, et surtout filmées d’un oeil glacial, imperturbable, qui découvre pansement par pansement, bande par bande, l’envers du milieu médical et ses dérives. Soucieux de planter directement le décor, et de ne travailler qu’après sur la psychologie et le passé des personnages comme dans l’incroyable Parle avec elle, Almodóvar s’arrange pour susciter l’excitation et la curiosité du spectateur tout en laissant mariner sa frustration dans ce décor impersonnel, véritable métaphore de la « perfection sur mesure » que cherche à atteindre le Dr Robert Ledgard, remarquablement interprété par Antonio Banderas.
On apprend bientôt que ce chirurgien plasticien à la grande renommée a mystérieusement arrêté d’exercer quelques années auparavant pour se consacrer à la recherche – des travaux très aboutis sur la réalisation d’une peau artificielle et qui résisterait à tout, y compris les maladies, et qui suscitent dès leur présentation une grande controverse. Travaillant dans la plus grande confidentialité, à son propre domicile, il se livre à de drôles d’expériences dont seul lui et sa supposée mère, Marilia (interprétée par Marisa Paredes, sa muse de toujours, révélée par le film Talons Aiguilles, et qui tournera dans d’autres de ses films, Tout sur ma mère par exemple) ont le secret. Dès lors, le spectateur se rend compte que ces activités loufoques ne sont pas sans lien avec Vera, l’étrange captive du Dr Ledgard, enfermée sept jours sur sept dans une chambre auquel lui seul a accès. A travers les flash-backs, véritables opérations à coeur ouvert, Almodóvar tourne la clef de cette « intrigue-tiroir » où se tisse, petit à petit, en remontant dans le passé, le lien qui unit ces deux personnages qui n’ont pourtant, de prime abord, rien en commun. On explore leurs fêlures, on découpe les points de suture, et ce qui se cache derrière n’est pas bien joli à voir.
LE PETIT TRUC EN PLUS :
On découvre ici une nouvelle facette du réalisateur, qui nous livre un de ses films les plus noirs et grinçants, mais peut-être aussi le moins brouillon. A travers cette intrigue efficace et bien ficelée, Almodóvar réutilise tous ses thèmes de prédilection – l’homosexualité, le transgenre, le suicide, et les réactualise en les mêlant à des sujets faisant l’objet d’une controverse avec les avancées scientifiques, comme par exemple celui de l’identité. Servi par une esthétique incroyable où prédominent les couleurs froides qui contrastent efficacement avec le rouge du sang, c’est un film qui joue sur sa sobriété apparente que nous offre Almodóvar, un film dont on ne perd pas une seconde, un film qui nous retient, suspendus par le fil de l’intrigue dans un univers épuré. Là est tout le talent de cet homme : celui de s’inscrire dans la continuité sans jamais manquer de se renouveler.
Commentaires
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Le film ausculte la vengeance, la manipulation et la notion d’identité dans un thriller nimbé d’horreur et d’érotisme. Ma critique :
http://tedsifflera3fois.com/2011/09/02/la-piel-que-habito-critique/


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