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Coup de coeur : Fleurs du mal de David Dusa

Coup de coeur : Fleurs du mal de David Dusa
guiM
  • On 18 février 2012

Bientôt un an après le printemps arabe marqué par révolutions, rebellions mais aussi violentes répressions, certains commentateurs qui se veulent historiens à la place de l’historien tentent de tirer des conclusions bien souvent trop hâtives. Il y a trois ans, l’Iran vivait aussi de violentes manifestations suite à des élections présidentielles contestées entrainant un sentiment de révolte de tout un peuple. Qu’est ce qu’il en reste ? Structurellement, Mahmoud Ahmadinejad est toujours en place à la tête de l’Iran. Toutefois historiquement, la révolution iranienne a ouvert la voie à un phénomène alliant modernité, technologie et révolution. En effet, en 2009, un des acteurs des révoltes iraniennes fut celui que vous utilisez tous quotidiennement : Youtube. David Dusa en a fait un film.

Internet, l’amour et la révolution

Fleurs du mal, c’est la rencontre de deux mondes. Gecko vit modestement en banlieue parisienne et travaille dans un hôtel du 5ème arrondissement pour vivre. Anahita vient d’Iran, elle a fuit son pays secoué par les révoltes réprimées violemment par le régime iranien.

Gecko danse beaucoup. Adepte du parkour et du break dance, sa liberté physique inspire Anahita dont la liberté est seulement dans les pensées. Dans don pays, ses amis, sa famille et ses proches sont tous en dangers. Anahita twitte beaucoup (aka Miss_Dalloway). Elle se tient au courant des évènements, veut soutenir ses proches et leur apporter la liberté qu’elle acquiert à Paris.

Fleurs du mal, c’est ce contraste entre la liberté physique de Gecko et la liberté idéaliste d’Anahita. Animée de culpabilité d’avoir quitté son pays en ébullition, elle apprend de ce jeune danseur qui vit au jour le jour et suit plus ses pas de danse que son instinct. «Il a la liberté qu’on a dans nos rêves » comme elle le twitte elle-même.

Réalisateur 2.0

Il s’agit bien de la rencontre entre deux mondes. Toutefois, Internet reste la clé de voute du film de David Dusa. Si Anahita twitte beaucoup et Gecko expose ses vidéos de danse sur son facebook, fleurs du mal tient surtout son originalité à une réalisation moderne.

Durant tout le film, le montage est rythmé par les scènes suivant la relation qui se forme entre les deux personnages, les clips de danse de Gecko et surtout, les extraits vidéos postés sur Youtube sur lesquels on peut apercevoir les images sanglantes et choquantes des révoltes iraniennes. Avec une caméra très mobile à l’origine, l’énergie dégagée par les chorégraphies et la brutalité des extraits vidéos Youtube, le montage permet d’effacer les quelques longueurs qui peuvent se faire ressentir au bout d’une heure. Une réalisation moderne et puissante par ses rebondissements. Des mots même du réalisateur, l’idée était d’ouvrir l’aube au sentiment du spectateur à travers une histoire d’amour naissante entre deux personnages entrecoupée par ces images d’horreur qui déchirent par séquence cette romance aux effluves de liberté.

Impossible de ne pas mentionner la prestation des deux protagonistes de l’histoire. La délicieuse Alice Belaïdi joue avec justesse, rigueur et parfois même un brin d’excentricité le rôle d’une jeune iranienne déchirée entre culpabilité et liberté retrouvée. Touchante et inspirante tout au long du film.  Le rôle de Gecko est très proche de la propre vie de Rachid Youcef, ce qui peut expliquer pourquoi tant de sincérité et de spontanéité sont perceptibles dans son jeu. Pour ce premier long-métrage, ses chorégraphies font naître une envie incompressible de bouger pendant tout le film.

Quand Internet se mêle à l’histoire

Si internet est mêlé à l’histoire d’Anahita et Gecko, Fleurs du mal exprime avant tout l’intrusion d’internet dans l’histoire d’un pays, dans un événement qui marquera indéniablement l’Iran pendant plusieurs décennies. Internet s’est aussi mêlé aux révolutions du printemps arabe. Depuis 2009, on a découvert aux réseaux sociaux leur capacité à transcender et à dépasser une première forme de répression : celle de la censure. Twitter, Facebook ou encore Youtube ont été de réels moteurs dans les dernières révolutions qu’ont connues la Tunisie, l’Egypte, la Lybie et encore aujourd’hui la Syrie. Quand le régime banni la presse et exerce la répression, la liberté peut se trouver et s’organiser sur Internet.

Rien de nouveau, beaucoup de journalistes ont évoqué le rôle des réseaux sociaux pendant le printemps arabe. Pour autant, il s’agit là d’un film innovant dans le fait qu’il illustre concrètement ce qu’est Internet à l’échelle d’une révolution, l’importance que peut avoir un tweet de Miss_Dalloway par rapport à un tweet de Nadine Morano;  la représentation d’un phénomène récent et souvent trop abstrait et incompris de la génération des enfants de la télé. Un film générationnel comme l’a déjà évoqué la critique et un film qui pourra devenir lui-même historique en tant que celui qui a pour la première fois exploré la révolution sous sa dimension 2.0, la révolution moderne.