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[Critique] A fond – Tôle froissée

[Critique] A fond – Tôle froissée

Egiel | On

Après Babysitting 2, Nicolas Benamou revient avec A fond, film aux ambitions encore beaucoup plus affirmées en termes de casting et de budget. Pour un mieux ?

Une famille embarque dans son monospace flambant neuf, au petit matin, afin d’éviter les embouteillages pour les vacances d’été. Tom, le père, enclenche son régulateur de vitesse électronique sur 130 km/h. Au moment où une dernière bourde de Ben, le beau-père, pousse Julia, excédée, à demander qu’on fasse demi-tour, Tom s’aperçoit qu’il ne contrôle plus son véhicule. L’électronique de bord ne répond plus, la vitesse est bloquée à 130 km/h. Toutes les manœuvres pour ralentir la voiture emballée restent sans effet. Une voiture folle, six passagers au bord de la crise de nerfs et un embouteillage monstre qui les attend à moins de deux cents kilomètres de là…

Le concept de base d’A fond n’est pas, contrairement à ce qu’on pourrait croire au premier abord, des plus originaux dans le cadre du film-poursuite. On se souvient du maître étalon du genre, le Speed de Jan de Bont. Keanu Reeves et Sandra Bullock ne pouvaient y faire passer la vitesse d’un bus bondé en dessous de 70km/h sous peine de se faire réduire en poussière par un Dennis Hopper plus psychopathe que jamais. A fond prend le contre-pied de cette idée narrative en la traitant sur le mode de l’humour, malheureusement pas toujours très subtil ici.

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Dès la séquence introductive, tout semble joué un ton trop haut niveau interprétation. José Garcia, certes à l’aise dans ce type de rôle (il est lui-même fan de sports extrêmes et de course automobile dans la vie réelle), semble avoir sniffé une ligne de poudre avant chaque prise, et sa comparse Caroline Vigneaux est loin de venir tempérer ces excès. Observer André Dussolier dans la peau du grand-père un peu cochon est un plaisir un peu coupable qu’on ne se refuse pas en termes de contre-emploi, mais finit vite par lasser tant ses répliques et sa caractérisation psychologique sont artificiels et attendus.

Une fois que la famille prend la route, et se retrouve dans cette situation inextricable, le film de Benamou s’articule autour de deux lignes de force. La première, qui prend place à l’intérieur de la voiture, concerne les vieux secrets et conflits de famille, que le cinéaste s’ingénie à révéler au compte-goûte au fur et à mesure que la catastrophe imminente se profile. C’est l’aspect le plus raté du film, tant les dialogues et le sur-jeu de chaque interprète s’avèrent, à l’instar de Dussolier, très pauvrement écrits et d’un humour bas-de-plafond des plus approximatifs. Tout est criard, vulgaire, inutilement appuyé dans A fond, comme en témoigne une fois encore une Florence Foresti également en roue libre en femme flic déjantée. Incapable de nous rendre proche de ces caractères unidimensionnels, pas drôles et par conséquent inintéressants, Benamou se devait donc de satisfaire son public par l’intermédiaire de son deuxième axe : celui de l’action échevelée et spectaculaire.

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Sur ce terrain, pas de doute que le film relève son pari haut la main. Dans la mouvance de Mad Max : Fury Road, l’équipe technique a tenu à ce que les cascades et les effets spéciaux revêtent un cachet artisanal, fait-main, garant d’hyperréalisme face au trop-plein numérique contemporain. En très bon professionnel, le cinéaste français orchestre ce ballet de tôles froissées au millimètre, avec des angles de prise de vues variés qui dynamisent l’action tout en assurant une lisibilité de tous les instants. Le découpage, hallucinant de minutie et de timing, permet une immersion véritable, génératrice de sensations grisantes de vitesse et d’adrénaline.

A fond est donc un film qui ne révolutionnera guère la comédie française mais qui contentera les fanatiques d’action au cordeau, domaine dans lequel Benamou peut se targuer de rivaliser avec les meilleurs faiseurs hollywoodiens. Ce n’est déjà pas mal.