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[Critique] Going to Brazil – Echappée belle

[Critique] Going to Brazil – Echappée belle

Egiel | On

Grand prix du jury au premier Festival du Film de Comédie de Liège, ce deuxième long de Patrick Mille est une comédie dramatique portée par un trio d’actrices torrentiel.

Chloé, une commis de cuisine de 25 ans, Agathe son amie du même âge, professeur au caractère anxieux et sa petite soeur rebelle Lily, 17 ans, sont trois jeunes femmes au quotidien maussade. Elles reçoivent l’invitation de mariage de Katia leur amie d’enfance qui a trouvé l’amour auprès d’un jeune et riche brésilien. Elles embarquent sans attendre pour Rio de Janeiro. Mais à peine ont-elles posé le pied sur le sol brésilien que Chloé, Agathe et Lily commettent dès le premier soir l’irréparable – elles tuent par mégarde un jeune homme trop insistant, les entrainant malgré elles dans un bad trip qu’elles auraient préféré éviter.

Comédien à la base (« Chico » dans une émission d’Edouard Baer), Patrick Mille passait pour la première fois derrière la caméra en adaptant un roman à forte teneur autobiographique de Justine Lévy. Non dénué de maladresses, Mauvaise Fille révélait pourtant une actrice, Izia Higelin (ailleurs chanteuse), dans un premier rôle d’une force si prodigieuse qu’elle finit par décrocher le césar du meilleur espoir féminin. C’est un peu le même credo qui s’affirme avec Going to Brazil, film totalement décomplexé et libre, parfois bancal et excessif, mais habité par une générosité perpétuelle.

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Commencé en film de vacances carburant aux energy drinks, Going to Brazil vire gangsta à la violence crue et exacerbée, comme une piña colada soudainement corsée de gouttes de sang. L’ambiance festive se charge d’une tension électrique. Quand la carte postale brésilienne se délave, l’atrocité et la mort ne sont jamais loin. D’emblée, la comparaison avec le Spring Breakers d’Harmony Korine paraît inévitable. Là aussi, un trio amical féminin se lançait dans une aventure exotique pleine de promesses de dévergondage intégral. Cependant, Mille réussit l’exploit de se démarquer de façon très personnelle de ce film indé américain important.

En termes de réalisation d’abord. Là où Korine filmait la Floride comme une débauche kitchissime de formes et de couleurs, à grand renforts de décharges de montage en cut-up tel un Godard boosté à la tequila sunrise et à la coke, Patrick Mille décide de faire profil bas. Là où Spring Breakers aboutissait formellement et volontairement au clip MCM grandeur nature dans le but précis d’en dénoncer le mode de représentation, le cinéaste français ne recourt que très parcimonieusement à des effets de style marqués. Et le fait toujours, le cas échéant, de manière étonnement justifiée. Pour exemple cette séquence festive cauchemardesque où tout bascule, avec ses envolées d’électro pop au bourdonnement assourdissant et sa caméra fixée à même le corps de l’improvisée meurtrière (« à la » Requiem for a dream), qui figure avec force et fracas la perte de repères et le basculement irrémédiable dans l’horreur.

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Ensuite, à voir ces filles se trémousser en bord de piscine en maniant des flingues gros comme des bazookas, on pense immanquablement à Tarantino, par extension aux séries Z des années 70. Mais Mille, parfaitement conscient de toutes ses références assumées et en bon philanthrope cinématographique incommensurablement charitable, ne va pas se contenter de nous offrir le spectacle certes émoustillant mais un peu vide de corps ultra-sexués à la sensualité folle et débridée. Et c’est là que réside l’étonnante puissance, inédite, de son métrage.

Belles, voluptueuses, charnelles, ces femmes le sont indéniablement. Mais elles sont également sensibles, naturelles, spontanées. En d’autres termes, vivantes. Mille envisage ainsi, entre deux séquences « buddymoviesques » musclées, de sublimer ses actrices lors de passages intimistes d’une crudité émotionnelle saisissante, totalement dénuée d’apparat. Ce n’est rien de moins que de concert avec le Kechiche de L’esquive et la Deniz Gamze Ergüven de Mustang qu’avance ici le cinéaste main dans la main, captant avec une caméra attentive et délicatement caressante aussi bien la fébrilité psycho-affective de ces sirènes contemporaines que les liens quasi sororaux, à la fois invisibles et indivisibles, qui les unissent et enfin leur soif gargantuesque de vie et de liberté. Going to Brazil, ou la preuve que cinéma de genre et ode distinguée à la femme, par l’intermédiaire d’actrices fabuleuses, peuvent faire plus que bon ménage.