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[Critique] The Equalizer, le déséquilibré

[Critique] The Equalizer, le déséquilibré

FailX | On

Il y a des films qui arrivent à décevoir malgré le peu qu’on en attendait à la base. The Equalizer d’Antoine Fuqua est de ceux-là. Le titre en dit déjà beaucoup, l’historique de ce cher Denzel également et on aurait vraiment pu croire à un film d’action un peu décérébré avec quelques phrases choc mais au moins relativement neutre. Ce n’est pas le cas ici puisqu’on s’embourbe dans une morale bien crade à laquelle il est difficile d’adhérer.

Avant la tempête...

Avant la tempête…

Robert McCall est un homme mystérieux dont le mode de vie stricte et ascétique trahit malgré tout un passé chargé. Il travaille dans un grand magasin de bricolage et s’entend bien avec tout le monde. C’est un grand altruiste et un homme de principes qui n’aime pas voir souffrir les innocents. Bref, c’est un peu un super-héros, et sa façon de sauver la veuve et l’orphelin, c’est de casser la gueule aux méchants, ce qui est un bel euphémisme. Comme McCall est très maniaque, il va tous les soirs boire son thé dans le troquet du coin où il ne parle en principe à personne, mais où tout le monde le connaît. Jusqu’au jour maudit (ou béni) où une jeune chanteuse prostituée russe du nom de Teri, ou Alina, perce le voile et contemple une partie des secrets de notre cher McCall : il est veuf. Devant tant de clairvoyance et un peu de vulnérabilité (oui parce que la petite Teri bosse pour un vilain monsieur russe dont le nom est particulièrement original : Slavi), McCall s’attendrit et décide d’apporter son aide à la demoiselle en détresse. Ça commence par des mots doux mais lorsque Slavi casse un peu la gueule de Teri, c’est le drame et tout bascule.

Ils ont des armes, des tatouages et des barbes, ce sont des méchants.

Ils ont des armes, des tatouages et des barbes, ce sont des méchants.

Alors que le début du film tentait d’entretenir le mystère sur McCall, son passé et ses qualifications, à partir du moment où Teri se retrouve à l’hôpital il se fourvoie dans une violence malsaine perpétrée par des individus finalement assez semblables tant ils sont aveuglés par leurs missions respectives. McCall lance le bal en se pointant l’air de rien chez monsieur Slavi et en lui offrant gentiment de racheter la liberté de Teri. Comme on pouvait s’y attendre, Slavi n’a aucune idée de l’homme à qui il a affaire et se gausse de notre pauvre McCall. Ce dernier décide de leur faire peur en faisant un peu de vaudou avec des bibelots qui traînent sur le bureau de Slavi, puis fait mine de s’en aller tout en observant attentivement les détails qui font des hommes présents dans la pièce de vilains méchants : ils ont tous des tatouages de mauvais goût et se tiennent sur leurs gardes avec leurs armes. Arrivé à la porte, McCall semble avoir oublié comment l’ouvrir pour sortir et se retourne pour demander de l’aide. Tactique imparable, ils sont tous surpris et se font descendre les uns après les autres en moins de 30 secondes, ce qui déçoit quelque peu notre protagoniste étant donné qu’il espérait finir son carnage en 16 secondes.

Recontre au sommet... ou pas.

Rencontre au sommet… ou pas.

À partir du moment où les aptitudes de McCall ont été révélées au grand jour pour le spectateur, le film fait peu d’efforts pour conserver un semblant de subtilité. Teddy, un méchant stéréotypé, est envoyé à Boston par un baron de la mafia russe pour enquêter sur la mort de Slavi et, comme c’est un vrai méchant, il casse tout sur son passage pour faire comprendre à tout le monde qu’il ne plaisante pas. Il finit par trouver McCall dans une scène dénuée de toute tension et le met en garde. Après une tentative de kidnapping ratée, parce que McCall a l’œil pour les tatouages de méchant, et une poursuite qui se termine chez notre héros mais sans lui, le film nous propose un bref interlude chez un couple d’amis de McCall dont la femme s’avère être l’ancienne directrice de l’agence pour laquelle il bossait. La séquence n’apporte au spectateur que très peu d’informations sur la nature de cette agence ou des missions qu’elle confiait à McCall, ce qui est sans importance étant donné qu’on a bien compris de quoi il est capable. On apprend surtout que le baron de la mafia qui a envoyé Teddy à Boston est un vrai méchant lui aussi et qu’il s’appelle Vladimir Pushkin (manque d’originalité ou référence habilement dissimulée, on ne le saura jamais), et que Teddy lui-même est un ancien spetsnaz, ce qui est supposé renforcer son caractère menaçant. McCall s’en retourne donc à Boston, bien décidé à sauver l’humanité de quelques personnes aux dépends de la sienne. À la suite d’une séquence presque pacifiste où McCall démantèle une opération de blanchiment d’argent sale (dans un abattoir, le comble) avec l’aide d’un flic pourri quelque peu réticent, il met la main sur tout un tas d’informations compromettantes en rapport avec Pushkin, qu’il transmet à un de ses copains qui bosse au FBI et dont il avait, par chance, conservé l’adresse e-mail. Autant dire que maintenant, Teddy a la pression, et il est grand temps d’abréger les souffrances des spectateurs avec une scène finale qui rappelle étrangement Maman j’ai raté l’avion, juste un peu plus violente.

Avec tous ses tatouages, c'est sûr, c'est lui le plus méchant.

Avec tous ses tatouages, c’est sûr, c’est lui le plus méchant.

Alors que tout est en place pour la capture de McCall (un commando armé jusqu’aux dents qui tient en otages sur leur lieu de travail les employés de Mr.Bricolage si chers à notre héros), on nous rappelle habilement que McCall a toujours une longueur d’avance et que de toute façon, les méchants vont tous mourir. Chose promise, chose due, les mercenaires se font éliminer brutalement et sans pitié l’un après l’autre, à coups de barbelés, de perceuse et de cisaille télescopique, et à grand renfort d’effets sonores gonflés et de ralentis pourris. Le montage du film est d’ailleurs tout à fait honteux à partir du moment où McCall commence à tuer des gens. Son super-pouvoir de détection de tatouages de méchant est digne de Daredevil, mis en images à coups de gros plans filtrés, parfois ralentis et parfois accélérés. Certaines séquences d’action subissent le même traitement, voire pire car ce cher monsieur Fuqua, à l’image des dragées homonymes, adore en rajouter des couches. Même les plans de coupe (en hélicoptère au-dessus d’un pont, par exemple) sont grossiers et lourds. Le film n’est vraiment pas ambitieux visuellement et pioche dans tous les clichés possibles et imaginables. Idem avec la musique, dont la plupart est très oubliable mais dont certains morceaux (on ne dénoncera personne d’autre que Moby) renforcent la médiocrité du film.

Je vous laisse le soin de compter les clichés qui composent ce plan.

Je vous laisse le soin de compter les clichés qui composent ce plan.

Mais le pire aspect du film est bel et bien sa morale. On est en plein dans la loi du talion, sous sa forme la plus archaïque et cruelle possible. Le film tente de faire passer la pilule sous prétexte que les victimes de McCall méritaient une correction mais la démesure et la brutalité des exécutions mettent mal à l’aise. Passée l’accoutumance à la violence, on se pose des questions sur sa légitimité, on se demande d’où vient cette idée qu’un homme qui prône la justice se permette de massacrer autant de personnes, fussent-ils membres de la mafia russe. L’absence de scrupules de McCall est perturbante, et on passera sur la scène de braquage minable dans le magasin de bricolage après laquelle il emprunte un maillet qu’il replace à son rayon le lendemain, nettoyé du sang qui le souillait. On comprend vite ce qu’il s’est passé. L’avant-dernière scène, où Alina le remercie pour tout ce qu’il a fait pour elle et qu’il lui sourit, est d’ailleurs particulièrement cynique et laisse un goût amer en bouche. Un peu comme lorsque le goût du vomi efface celui de l’alcool et qu’on finit par se demander s’il était nécessaire de se prendre cette cuite.