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[Critique] The Legend of Barney Thomson – Sauce anglaise

[Critique] The Legend of Barney Thomson – Sauce anglaise

Egiel | On

Robert Carlyle passe pour la première fois à la réalisation avec ce thriller comique « so British ». Épreuve réussie ?

Un barbier de Glasgow devient, malgré lui, un tueur en série…

Robert Carlyle, c’est d’abord et avant tout un acteur confirmé, qui a tourné avec les plus grand cinéastes britanniques de ces trente dernières années. On se souviendra de son fou furieux Begbie dans Trainspotting, de ses rôles de prolo attachant chez Ken Loach (à deux reprises, Riff-Raff et Carla’s Song), ou encore de son coach footballistique dans le très méconnu et pourtant superbe Jimmy Grimble (2000).

Dans Barney Thomson, il s’octroie le rôle-titre de son propre film, celui d’un barbier sans histoire et parfaitement anonyme qui va devenir légende malgré lui. Non sans malignité, Carlyle tisse une intrigue absolument rocambolesque mais dont les revirements et coups de théâtre multiples ne peuvent jamais être pris en défaut. La raison à cela est que Barney Thomson, sous-couvert d’une comédie noire d’encre qui épuise jusqu’à ses dernières limites l’humour macabre (le dernier tiers du métrage, avec ses tableaux de mort quasi horrifiques, est d’ores et déjà anthologique), ancre ses personnages dans une réalité sociale délétère, celle-là justement décrite par Loach au travers de ses propres films. Ainsi l’oeuvre de Carlyle se présente-t-elle comme une combinaison intéressante du cinéma contestataire britannique (très peu) et du thriller comique à la Guy Ritchie (beaucoup), qui ne lésine pas sur les excès en tout genre, qu’il s’agisse de la caractérisation extravagante des personnages secondaires (le manouche de Brad Pitt dans Snatch) où des twists abracadabrantesques qui jalonnent le récit et le rendent constamment surprenant.

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Le nonsense typiquement « British » des actions perpétrées par ces individus de modeste condition est donc, toutes proportions gardées, justifié par la décrépitude et la précarité de leur cadre de vie, qui les amène à systématiquement braver les interdits et à commettre l’irréparable dans une accumulation vertigineuse de situations délectablement morbides. Qu’il s’agisse du flic interprété par Ray Winstone, à la poursuite de Barney, de Carlyle lui-même ou de la mère de ce dernier jouée par Emma Thompson, chaque caractère témoigne d’une énorme frustration en termes de reconnaissance sociale, qui les pousse aux confins de l’atrocité. Pour donner vie à toute cette galerie de losers déshumanisés, d’une veulerie à toute épreuve, Carlyle a eu le bon goût de réunir d’imparables gueules de cinéma avec son casting 100% britannique. Le charisme monolithique et imposant de Winstone n’est plus à démontrer tandis que Thompson, repoussante sexagénaire dépravée, se lâche complètement dans la peau d’une mégère qu’on adore détester.

Inspiré malgré une réalisation très classique qui manque de personnalité, ce premier long-métrage de Robert Carlyle est une radioscopie des recoins les plus sombres de l’âme humaine autant que d’une marginalité de laissés pour compte désemparés, habile concentré d’influences diverses emballé dans un humour à la fois absurdement trash et désespérément cynique. Joussif donc, mais à ne toutefois pas mettre devant tous les yeux.

Sorti en 2015, le film attend toujours d’être distribué en France.