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[Interview] A la découverte de l’univers d’Ilhoë, entre musique et image.

[Interview] A la découverte de l’univers d’Ilhoë, entre musique et image.

Clément M | On

Il y a deux ans déjà on vous parlé d’un certain Loïc P aka Ilhoë, réalisateur d’un court métrage : La Machine. Après ce premier film, ce touche à tout toulousain a décidé de sortir un nouveau projet, alliant musique, illustrations et écriture de fiction.
Rencontre.


ARTWORK

Anki & Aida

Composition/arrangement : ILHOË
Guitare : Mom
Texte : Thibault Panis
Illustration : Phosphène
Mixage : Florent Bonnet des Tuves

Télécharger gratuitement

« La furie l'a laissé là, gisant sur les galets »

« La furie l’a laissé là, gisant sur les galets »

Est ce que tu peux nous faire la traditionnelle auto présentation ?

Ilhoë, 24 ans. Je bosse dans l’audiovisuel, mais je fais de la musique dès que je peux. J’apprécie beaucoup le mélange des deux : faire des films pour de la musique, ou de la musique pour des films. Et dans l’idéal les deux.

Raconte nous ton projet, Anki & Aida.

C’est un album  composé de deux EPs. L’EP qui vient de sortir est la première partie de l’histoire. L’ensemble raconte un récit, celui de deux personnages qui sont Anki et Aïda. Anki s’écrase sur une planète inconnue, et il rencontre cette femme, Aïda. Ils se retrouvent à devoir faire la route ensemble. Le premier EP est centré sur leur rencontre. Le deuxième (en création) dévoilera le dénouement.
Il y a 8 titres, et il y aura le double à la fin du projet. L’histoire se passe à la fois en musique, en textes, et en illustrations. Un pour chaque chapitre.

Un projet physique du coup ?

En digital, d’abord. L’EP est en téléchargement gratuit avec textes et images. On prévoit de presser quelques exemplaires car à la base le projet était de faire un petit livre contenant un CD. Mais malheureusement ce n’est pas si simple.

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« Sous une chape verte d’épines »

Tu peux nous parler de la collaboration avec l’illustrateur et le scénariste ?

Le scénariste Thibault Panis est un très bon ami. Nous avions déjà travaillé sur un court-métrage que j’avais réalisé en 2013, intitulé La Machine. Phosphène, l’illustrateur, avait lui aussi bossé sur le film en tant que concept artist. A l’époque je l’avais trouvé sur un obscur forum d’illustration, et on s’est très bien entendus.
Plus qu’un projet musical, je voulais en faire quelque-chose de transmédia. J’ai sorti cette histoire d’un vieux tiroir. C’était un scénario de film qui datait de plusieurs années.  Après y avoir apporté plusieurs modifications avec l’aide de Thibault, la première étape a été de scinder le récit en chapitres. J’ai fait les musiques en fonction des scènes et pendant ce temps là Phosphène bossait sur les illustrations. Ça a demandé pas mal d’allers-retours pour garder une cohérence entre les différents médiums. Une fois que tout était bien clair et visuellement figé, on a pu finaliser le projet par une ré-écriture des textes.
On avait des scènes assez longues et Thibault s’est concentré sur des actions courtes et très spécifiques pour écrire des textes de quelques lignes qui pouvaient retranscrire à la fois le récit et les sentiments des personnages. Thibault et Phosphène ont fait un taff énorme.

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« Comme des mains de nouveau-né »

Enfin, j’ai fait appel à Mom pour enregistrer deux morceaux. She Can Fish et The Blossom sont ses propres compositions sur lesquelles j’ai seulement fait les arrangements. Lui, c’est un mec passionné de musique qui a joué sur scène avec des bluesman en Caroline du Nord. Quand je l’ai entendu gratter la première fois, son style en picking et ses sonorités m’ont instantanément fait penser au voyage. J’ai tout de suite voulu travailler avec lui.

Comment t’es venue cette idée de faire un projet « transmedia », pour reprendre ton terme ?

L’histoire était à l’origine un scénario de film, mais on n’avait ni le budget, ni le temps, ni probablement l’expérience pour faire un long métrage. On a du se tourner vers autre chose.
Je voulais reprendre ce scénario, mais créer un univers avec des images, des textes, des histoires, une ambiance. Je pouvais pas m’empêcher d’avoir un truc plus large qu’un EP de musique. Un truc qui pourrait retranscrire avec précision l’univers et l’histoire qu’on avait créé.

Parlons un peu de tes influences. Je parle de tes influences en tant que musicien mais aussi de celles qui t’ont aidé à allier graphisme, musique et écriture.

Avec Thibault, on est très fan de littérature de l’imaginaire, avec des auteurs comme HP. Lovecraft, des bouquins comme Dune ou Hypérion. Notre livre de référence reste La Horde du Contrevent d’Alain Damasio. C’est un chef d’œuvre : une prouesse d’écriture, d’idées, de personnages, etc.
De façon générale, on a un attrait pour les choses qui portent plus sur l’émotion et la sensation physique que sur l’action. Ça se retrouve dans l’écriture avec l’utilisation d’un lexique très lié au toucher, au goût, à l’odorat… Dans la musique, c’est par l’utilisation de textures ambient, ainsi que l’ajout de soundesign. Pour l’image, j’avais envie qu’il y ait un rendu un peu grunge. Que ce ne soit pas tout clean, un peu comme de la peinture au couteau, avec un grain sur l’image. Phosphène est très bon pour ça.
Au niveau musical, mon influence principale est le tchèque Floex. Ce qu’il a fait sur les BO de jeux comme Machinarium ou Samorost III est vraiment incroyable. Son mélange entre électronique et acoustique, sa gestion des textures et des percussions… C’est vraiment super intéressant.
Ensuite on peut citer Jon Hopkins, notamment sur ses parties néo-classique, qui s’agencent à la perfection avec les parties électroniques. On peut aussi parler d’Olafur Arnalds, Sigur Ros, ou Sten Erland Ermundstadt, le label Moderna Records, et tous ces gars du Nord qui font des trucs limpides. Ce que j’aime bien dans le néo-classique c’est la gestion du son et du toucher : tu entends le piano qui craque comme si tu avais la tête posée dessus. Ca a le pouvoir de t’investir directement d’un point de vue sensoriel.
Après, mes influences plus basiques sont plus dans le french dub et le trip-hop, genre Brain Damage, Zenzile, l’Onironaute, où les ambiances sont en général plus sombres et ambivalentes.

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« Ne pas respirer, ne pas crier »

En parlant de genre musicaux et styles, dans quoi inscris tu ton projet ?

Je dirais trip-hop. Parce que c’est un style qui se trouve à la synthèse de plusieurs genres musicaux. Sur l’EP il y a des morceaux qui sont carrément dub, voire dubstep, d’autres plus proches du néoclassique, et puis il y a des les parties guitares de Mom qui n’ont  a priori rien à voir avec le reste.
Plutôt qu’une cohérence de genre, on a recherché une cohérence de sonorités et d’ambiances. On voulait que tous les morceaux s’enchainent de façon naturelle. L’utilisation des textures et du soundesign ont été déterminantes pour créer cette homogénéité.

Tu travailles sur quel matos ?

L’EP a été composé sur Reason, mais suis en train de passer sur Cubase. Au delà de ça mon matos est presque ridicule : un clavier maitre, un ordinateur et un vieux casque. Pas de moniteurs ou de carte son, que dalle. Il n’y a que pour les parties guitares qu’on a du aller enregistrer dans un studio associatif.

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« De la terre, de l’eau, et un soleil »

Parle nous un peu de ton processus de création.

L’EP a été conçu la nuit. Il y a des jours où je sais que sous le coup d’un ressenti, je vais passer la nuit à produire, quitte à en payer les frais au boulot le lendemain. C’est comme ça que je fonctionne. Parfois je n’arrive pas à dormir, donc au lieu d’attendre le sommeil pendant des heures je m’en vais faire de la musique. C’est très introspectif et intense de jouer dans ces conditions. On se retrouve un peu face à soi même et les mélodies sortent sans trop qu’on sache d’où elles viennent. C’est très grisant.

Ça fait plusieurs fois que tu me parles de sentiments, du fait de ressentir des émotions à travers ta musique. C’est primordial pour toi ?

Je trouve que c’est hyper important. Le but c’est d’exprimer un sentiment. D’en faire quelque chose en musique, en image. Les artistes que je préfère sont ceux qui arrivent à nous faire vivre des émotions que je qualifierais « d’universelles » : n’importe qui peut écouter, tout le monde ressentira plus ou moins la même chose, tout en la vivant de façon très personnelle.
Mais ça ne limite pas le prisme des émotions à des choses positives. Ça peut être une sensation dégueulasse, ça peut être une envie de faire partager une aspiration, ou encore de la tristesse ou de la mélancolie, des angoisses… Un gros dubstep qui tache vaut autant qu’une musique hyper sensible car ça exprime quoiqu’il arrive une émotion. Il y a quelque-chose de très introspectif que j’aime dans l’écoute de musique. Et c’est ce que je cherche à partager quand j’en fais.

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« Dans le fracas des pas nomades »

Tu as une préférence dans les thèmes de tes morceaux ?

J’aime de façon générale ce qui est contemplatif. Mais ça dépend surtout de ce qui vient quand je suis en train de jouer. Mais j’ai eu des périodes où je faisais des trucs plus sombres. J’imagine que ça doit dépendre des moments.

Est ce que tu penses qu’on peut comparer ton projet à une version modernes des livres audios ?

Dans une certaine mesure oui, mais notre projet ne permet pas d’interactivité. Dans ces livres audios tu pouvais être le héros de l’histoire en faisant des choix spécifiques. Ce qui me plait c’est que les trois médiums de l’EP peuvent s’unir pour donner plus d’épaisseur et de détails à l’univers, tout en laissant libre cours à l’imagination du spectateur. Sans l’interactivité tu te retrouves « juste » à traverser une histoire. Mais le fait qu’elle s’inscrive dans une temporalité spécifique — celle de la durée de la musique — fait qu’il y a une linéarité : tu te plonges dans un univers le temps de l’EP. Ce n’est pas un bouquin que tu vas lire et que tu pouvoir poser quand tu veux.
Pour le prochain EP on pense essayer de trouver des façons d’impliquer encore plus le spectateur dans l’histoire, le faire devenir acteur plus que spectateur. Pourquoi pas un jeu vidéo ?

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« Suspendus au bord du monde »

Le mot de la fin ?

Big up à MoM et sa guitare, à Florent et son oreille, à Thibaut et sa plume, à Phosphène et ses yeux, à Morgane et son carnet. Et big up à vous Cultiz !

Le somptueux projet de Ilhoë est disponible sur bandcamp, soundcloud et youtube.
Vous pouvez le suivre également via sa page facebook.