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[La critique] Il a déjà tes yeux – Joyeuse mixité

[La critique] Il a déjà tes yeux – Joyeuse mixité

Egiel | On

Lucien Jean-Baptiste revient sur le devant de la scène avec Il a déjà tes yeux, tendre comédie sur l’acceptation de soi et de l’autre.

Paul est marié à Sali. Tout irait pour le mieux dans leur vie s’ils arrivaient à avoir un enfant. Un jour, Sali reçoit l’appel qu’ils attendaient depuis si longtemps : leur dossier d’adoption est approuvé. Il est adorable, il a 6 mois, il s’appelle Benjamin, il est blond aux yeux bleus… Il est blanc, ils sont noirs. Pour la famille de Sali, c’est le choc !

Traiter des stéréotypes ethniques au cinéma n’est jamais évident. Exercice de corde raide constant entre deux extrêmes, constitués par la satire irrévérencieuse d’une part, le mélodrame lacrymal destiné à supprimer les ferments de division pour prôner un vivre ensemble utopique d’autre part. Lucien Jean-Baptiste, dont la sincérité et la sensibilité de cinéaste aussi bien que d’homme ne sont plus à prouver, parvient à trouver un juste équilibre dans Il a déjà tes yeux, bien que quelques débordements puissent subrepticement pointer le bout de leur nez.

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D’une facture formelle toute simple, à l’instar de ses autres longs depuis La première étoile, le dernier né de Jean-Baptiste est avant tout un film d’acteurs, de personnages, et d’écriture. Il s’est lui même donné le rôle principal, et sa femme Sali est interprétée par Aissa Maiga. A eux deux, ils forment un couple tout à fait convainquant et touchant dans sa recherche éperdue du bonheur parental. Ce binôme central est évidemment le générateur des séquences les plus strictement dramatiques du métrage, leurs difficultés et désillusions devant la désapprobation de la famille étant transcrites avec délicatesse au travers d’une écriture très juste, qui privilégie de réalisme et nous les rend directement proches et attachants. Cependant, quelques moments, à l’instar du dernier quart du film, sont plus approximatifs dans leur tendance à la facilité de quelques partis pris, comme de nous asséner ultimement, à grand renfort d’envolées lyriques de piano et violon, sa morale rassembleuse chimérique.

Avec un autre authentique savoir-faire, Lucien Jean-Baptiste recourt en parallèle à la caricature dans la personnification de certains caractères. Soucieux de joyeusement jouer avec les clichés et de les brocarder, il confie ainsi à Zabou Breitman le rôle sur mesure d’une fonctionnaire de l’aide sociale à l’enfance chargée de contrôler la bonne prise en charge du bambin. Frigide, carrée, frustrée, l’actrice semble prendre un plaisir coupable à incarner à elle seule une certaine France sarkozyste, synonyme de fermeture d’esprit et de repli identitaire invétérés. Le cinéaste d’origine antillaise s’arrange cependant malicieusement pour que tout le monde en prenne pour son grade : ainsi les parents de Sali, d’origine africaine, font-ils aussi peu preuve de discernement et de clairvoyance face à cette situation inédite, prisonniers égocentriques de leurs traditions séculaires. On pourrait encore reprocher ici au film de parfois trop grossir le trait, comme cette insistance ponctuelle sur les us, coutumes et attitudes des personnes de couleur qui parlent très fort avec un accent justement trop accentué, ou prévoient des plats de produits du terroir en bien trop grande quantité lors de la réception d’invités.

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Malgré ces quelques menues réserves, qui ne doivent pas occulter le soin apporté à l’écriture aussi bien dramatique que satirique du film, force est de constater que Lucien Jean-Baptiste a relevé son pari haut la main. Conscient de parfois se trouver au bord du précipice dans l’un ou l’autre registre tonal, le réalisateur/acteur, tel un as du poker sortant sa quinte flush de façon heureusement inopinée, a ainsi introduit le personnage de Manu, joué par l’inimitable Vincent Elbaz. L’acteur, dont la présence pourrait au premier abord déboucher sur une intrigue secondaire inutile, constitue en réalité un point d’ancrage solide entre toutes les directions que le film entreprend d’explorer. Manu, dans sa simplicité, son immense générosité et son mépris des conventions sociales, agira comme un contrepoids bienvenu à l’étroitesse d’esprit psychorigide susmentionnée, pas exempte de clichés dans sa peinture même. Son enthousiasme débordant et sa passion viendront compenser les scènes les plus potentiellement tire-larmes en leur conférant un souffle de fraîcheur et de légèreté bienvenu. Elbaz est définitivement la vraie star de cette charmante comédie dramatique à savourer sans modération avec toute la famille.