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[Photos] L’étang du temps

[Photos] L’étang du temps

Zoé Beaucoueste | On

A l’heure où l’heure n’est plus qu’un morcellement d’instants dans un univers numérique et virtuel _ à l’heure où les « selfies » fabriquent des souvenirs, où la mémoire se partage, s’expose, se commente… Les gens semblent avoir peur du temps, de mal l’exploiter, de vieillir, de ne pas être « assez », ou ne pas être « toujours ».

Mon rapport n’est pas le même. Je ne fonctionne pas sur 24 heures mais sur 36 images. Pour quelques dixièmes de seconde, je prends parfois plusieurs dizaines de minutes. J’attends, j’accueille les mouvements, j’écoute le temps. Rien n’est immédiat, rien n’est certain; je n’ai accès au rendu qu’une fois la pellicule finie, développée et tirée. J’ai le risque de l’échec, de l’image noire, de la mémoire perdue. J’inscris ce temps loin des disques durs, sur la matière – des films, du papier. Je conserve cette chaire dans des boites, qui s’accumulent _ bibliothèque extravagante qui ne se livre qu’à contre jour.

Et je me fascine de ceux qui font de l’éphémère. Je me fascine de « leurs » temps, de leur acceptation du provisoire, de leur résignation à créer quelque chose qui disparaîtra – recouvert par un autre, probablement -.  Voici notre rencontre dans l’étang du temps..

1-3 1-5

Fragments de murs devenus cités anthracites

Des éclats de bombes pour habiller leurs deuils

Odeurs mêlées de possibles et d’interdit

Où s’enroulent les voyelles au galop de leurs mains

– Un crachat de peinture à la gueule de l’oubli –

1-1 1-2 1-7 1-8 1-932-2

Je regarde leurs ombres, sculpteurs et architectes

Qui recousent au béton le corps léger des lettres

_Sans jamais dire leurs noms_

Ils sont là, aux trains, aux ruines, aux abandons

Sur les toits les plus hauts, enroulant leur métal

Eux qui ne parlent pas, mais imitent des mots

Les courbes et les falaises dont ils sont baptisés

3-1 3-2

3-6 3-5 3-4

Le temps n’est plus qu’une parenthèse

Funambule entre deux précipices,

Sur le sable des villes et ma mémoire de Sel

– L’Éphémère et l’Éternité –

Une pellicule pour chrysalide

4-44-6 4-14-5

Je regarde leurs ombres, oui

Froissées sur le bitume, prêtes à prendre la fuite.

Entre cendres et débris, les lianes qui y germent

Eclatent en Mimosa et autres Campanules

Leurs pigments de printemps sur les façades grises

Dans leurs silhouettes denses, dansent

Comme des coups de pinceaux

Et de cette encre que j’avale du coin de ma lentille

J’étreins le geste leste de leurs vagabondages

Habitants de la nuit où ils disparaîtront

Laissant glisser au sol les couleurs oubliées

Et sur les murs des villes quelques uns de leurs traits

 5-1 5-2 5-5 5-7

Un énorme merci à l’association Mapcu (Toulouse) qui nous a accueilli, moi et mon labo, afin que je puisse réaliser ces tirages et bien d’autres..

Suivez Zoé aka Dame Ocles ici.