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[Rap Around the World] #1 : Brasil !

[Rap Around the World] #1 : Brasil !

Elo | On

R.A.W c’est votre nouvelle rubrique Cultiz qui parle de rap, mais pas n’importe lequel ; celui du monde. Ici on sort des guerres Nord-Sud ou West Coast-East Coast pour aller jusque Rio, Budapest, Bruxelles ou Athènes.
R.A.W c’est un peu l’anti-circulaire Guéant, c’est pour Rap Around the World et ça se consomme cru – sans modération.

Le Brésil, entre le foot, les JO et le prochain album de Sébastien Tellier, c’est un peu d’actualité en ce moment. Un peu partout dans le monde, les prochains mois vont être rythmés par Pitbull et Jennifer Lopez des airs de samba, de bossa nova et de forro, les musiques traditionnelles de ce pays qui a le sens du rythme comme de la douceur de vivre dans le sang. Des genres qui ont forcément inspiré le hiphop national, ou hippy-hoppy comme on dit là-bas. De Racionais MC’s à Criolo en passant par Gabriel o Pensador, le hiphop brésilien est un genre hybride, revendicateur et libre d’expression. Petit tour d’horizon.

Les années 80, entre funk, samba et hiphop

Le Brésil est un pays immense, et la plupart de ses habitants n’en feront jamais le tour en l’espace d’une vie. Chaque région, du sud européanisé au nord bien plus africain, a son identité, sa population, sa musique ; ça explique sûrement en partie pourquoi le hiphop a plusieurs influences.
A l’époque où la soul et le funk étaient en train de révolutionner la scène américaine, les brésiliens faisaient surtout de la musique en cercles de potes ou de voisins, devant la maison ou à la terrasse d’un café, juste équipés d’un cavaquinho (petite guitare à quatre cordes), d’un tambourin et de percus de fortune, à se partager des bières dans des verres de cantine et ne manquant jamais d’attirer une petite foule qui dansaient autour d’eux sur des airs de Chico Buarque, Vinicius de Moraes ou Cartola. Une musique légère, généreuse et communautaire, mais où les Afrobrésiliens n’avaient pas forcément l’occasion de s’exprimer.

L’arrivée de James Brown et Kool and the Gang dans les quartiers de Rio et Sao Paulo va apporter une énergie nouvelle à leur revendication identitaire ; ils commencent à se réunir dans des Brazilian Sound Teams (l’équivalent des Jamaican sound systems) pour créer des sons funk à passer en soirée, sur lesquels les emcees locaux ne vont pas tarder à rapper. On est au début des années 80, sur la Praça Roosevelt à Sao Paulo, et le mouvement hiphop brésilien est en train de naître.

De Rio à São Paulo : Afrika Bambaataa vs Grand Master Flash

L’importation de la musique afro américaine a eu un impact différent à Rio et São Paulo ; si les cariocas ont surtout pioché dans l’influence électronique d’Afrika Bambaataa pour réinventer la Miami Bass à travers le baile funk, genre le plus populaire au Brésil aujourd’hui, la scène hiphop paulista aquant à elle été très influencée par The Message de Grand Master Flash ; deux influences, deux scènes radicalement opposées.

Parmi les premiers artistes à émerger à SP, on peut citer Thaide, Sharylaine, première femme à s’imposer dans ce milieu, ou encore les fameux Racionais MC’s, qui distillent encore aujourd’hui un rap conscient, brut et épuré en racontant les favelas et les discriminations sociales et raciales du Brésil. Pendant ce temps, dans cette ville dont le cœur bat aux rythmes de beats boombap, le street art trouve naturellement sa place et son identité et ne tarde pas à dominer le paysage urbain.

Si les Racionais comme pas mal d’autres rappeurs utilisent des samples old school issus d’enregistrements américains, une autre école se démarque progressivement en rappant sur des samples de samba. Parmi ces rappeurs qui font se fusionner héritage musical et revendication actuelle, Posse Mente Zulu, dont le morceau Sou Negrao sera particulièrement emblématique de cette période.

Le rap carioca, de São Conrado à la Cidade de Deus

Du côté de Rio, le raz de marée funk n’empêche pas la scène hiphop de fourmiller. Gabriel o Pensador, une référence encore aujourd’hui, est particulièrement emblématique de cette culture cosmopolite en passant des instrus funk à samba avec une facilité déconcertante. Les lyrics ? Une critique acerbe des inégalités toujours teintée d’une bonne dose d’ironie.

Autre artiste carioca phare, Marcelo D2, dont la track A procura da batida perfeita nous montre que oui, on peut sampler Afrika Bambaataa et sonner plus samba que jamais ; ou encore MV Bill, un habitant de la favela Cidade de deus et rappeur très engagé et controversé, qui peut aussi bien nous faire un petit remake de Byebye de Menelik que des titres bien dark sur le trafic des enfants impliqués dans les trafics de drogue et la violence sans nom des favelas.

Un rap hybride, entre revendication et douceur de vivre

On ne peut pas finir ce rapide tour d’horizon sans parler de Criolo. Cet ancien éducateur des favelas de SP et originaire de Grajau (quartier périphérique de la Zona Sul de São Paulo) débute dans le rap courant des années 90 avant de se reconvertir complètement dans les années 2000. Son 2e album No na Orelha est un succès international, et sûrement l’album hiphop le plus hybride que j’ai jamais écouté – et apprécié. D’une track à l’autre on passe du rap au chant, à la musique brésilienne, l’Afrobeat, la soul, en passant par le funk,le jazz, le dub ou le reggae.

La suite ? on l’attend avec impatience, même si l’artiste se fait discret en termes d’actualités. Et pourtant, après avoir entendu le sombre et entêtant Duas da cinco il y a quelques mois, tout laisse à penser qu’elle s’annonce réjouissante.

Comme partout dans le monde, le hiphop brésilien s’est nourri de la culture afro américaine et de la scène rap US pour se forger sa propre identité, entre rap, funk et samba. Mais au delà du genre musical, ce qui la fait se démarquer des autres et du rap latino en particulier, c’est qu’à la différence de ses voisins, le Brésil n’a jamais connu de révolution, malgré la dictature. D’où peut être un besoin plus viscéral de s’exprimer et de revendiquer ces inégalités sociales encore profondes. Sans oublier qu’en grandissant à l’ombre du funk, le rap brésilien est toujours resté à l’ombre des médias et a toujours pu véhiculer sans détours un message fortement politique. Une vérité toujours actuelle, puisque le hiphop underground prend de plus en plus d’ampleur, sans perdre son regard authentique et sa liberté d’expression ; ce qui est suffisamment rare pour le souligner.

Et en bonus track, les rookies Vato Loko, Fortunato, Le Eloi e Mc Pame remixés par Duplo.