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[Interview] Le rap en guise de soupape : J.Keuz

[Interview] Le rap en guise de soupape : J.Keuz

Pkd | On

On avait déjà un peu discuté avec le duo Scoop et J.Keuz à la sortie de leur second album. En ce moment, ils sortent tour à tour leurs projets solos, et ce n’est pas pour nous déplaire. Après le magnifique EP « Nucleus Accubens » du producteur Scoop, c’est au tour de J.Keuz de nous régaler. Toujours dans un rap sombre, arborant son flow inhabituel, surprenant même, le rappeur nous fournit un 9 tracks sur lequel nous voulions en savoir plus. Interview.

Acceptions J Keuz

Hello J.Keuz, tu peux te présenter en une ou deux phrases pour ceux qui ne te connaissent pas ?

Salut, J.keuz, auteur-interprète, moitié « MC » du duo S! & J! Meilleur rappeur francophone du monde sur terre, comme tout bon rappeur égocentrique qui se respecte.

Dès l’intro de ton nouveau projet « Acceptions », on est plongé dans une ambiance très désillusionnante. Comme si tu avais perdu, ou jamais trouvé, toute croyance en l’humanité.
Ce thème revient tout au long de l’EP, et si on creuse un peu, on retrouve déjà ça dans tes projets précédents… C’est quelque chose qui te ronge au jour le jour ? Ca doit pas être simple à vivre… 

Vrai. J’ai planté le décor d’entrée pour annoncer la couleur du projet, mais sans même m’en rendre compte. C’était simplement le premier morceau en date que j’ai écrit après « L’acide… », et en terme d’ambiance je ne pouvais pas le mettre ailleurs dans le projet.

Ouais je crois que j’ai toujours été très lucide, sûrement trop, et donc pessimiste. Mais depuis quelques années, je suis plutôt joyeux globalement. Jusqu’à mes 25 ans environ, des tas de trucs me rendaient malade, je prenais absolument tout de plein fouet. Au bout d’un moment, quand tu fustiges sans cesse ton époque parce que tu n’y trouves pas ta place, que tu méprises « les autres » et leurs façons de voir et de faire à longueur de temps, que tu conspues l’humanité toute entière, tu finis par t’isoler complètement et mépriser ta propre vie. Et là la dépression n’est pas très loin.

Quand je dis « les archétypes asociaux se complaisent dans leurs rôles d’inadaptés, marketing pas difficile à capter… », je le pense. La dépression est un cercle vicieux, plus tu t’enfonces dedans, plus tu y trouves des côtés confortables. Donc au bout d’un moment tu fais un choix… Soit tu te supprimes, soit tu « consultes », soit tu te fais violence en te disant que le problème c’est toi-même et tu envoies tout valser pour tout reprendre à zéro. Etant donné que j’aimais quand-même un peu la vie et certains trucs de mon époque, dont la musique, j’ai préféré cette dernière option et m’en suis bien sorti.

Mais il y a toujours ce fond introspectif qui traîne, surtout quand je suis seul et devant une feuille. C’est comme si je me permettais d’écrire tout seul dans mon coin toutes les pensées peu commodes (socialement parlant) qui me sont venues à l’esprit à tel ou tel moment mais que j’ai aussitôt rangé dans un coin de ma tête. Mes « carnets du sous-sol » à moi.

Bref pour te répondre, non ce n’est pas tous les jours facile à vivre, mais depuis un certain temps ça va, j’arrive à gérer ça. C’est très compliqué d’arriver à se dire « bon, nan, c’est moi qui voit mal ou comprend mal les choses » et de les garder pour soi, donc ma seule thérapie c’est de coucher mes réflexions sur papier, mais en vrai dans la vie, et de plus en plus, j’adore rire et partager des moments avec mes contemporains.

Tu dis clairement que tu écris des choses quand tu rapes que tu ne dis pas forcément dans la vie. Comme si tu gardais trop de choses en toi jusqu’au moment où tu recrachais tout dans tes textes. A la manière d’une thérapie personnelle nécessaire après avoir atteint un point de non retour. L’écriture c’est quoi en fait pour toi ?

Tu viens de très bien résumer ma façon de vivre l’écriture en fait. A ceci près que j’écris justement pour ne pas atteindre ce point de non-retour. L’ayant frôlé de près, je sais à peu près où ça mène, et vraiment je ne veux pas y aller. Trop de gens, y compris dans le rap, en font beaucoup avec ça… Parce qu’on est en France, pays de tradition littéraire tourmentée et névrosée. Mais dans la vie réelle, atteindre ce « point de non-retour », ça ne doit rien avoir de romantique… Donc voilà c’est ça l’écriture pour moi, un gage de bonne santé mentale.

Tu crois que si tu te sentais moins seul et que tu kiffais plus ta vie, tu pourrais encore écrire ? J.Keuz existerait encore ?

Ahah ! C’est un cercle vicieux en fait… Si je n’écris pas, je n’ai plus cette soupape donc je redeviens acariâtre et nerveux, mal dans ma peau. Donc je crois que c’est à vie maintenant c’est mort.

Mais au-delà de ça j’aime trop la musique pour ne plus en faire du tout. Je me pose souvent la question « pourquoi continuer ? » vu le manque de retombées en termes de concerts et tout… Mais bon j’ai trouvé la réponse : parce-que t’aimes trop ça ducon ! Bon en plus encore une fois, en vrai maintenant je suis heureux hein, enfin comme tout le monde j’ai des jours sans, où je me sens seul au monde, mais j’arrive à remédier à ce problème. Je suis plutôt bien entouré pour ça.

Après un projet entier de noirceur et de désillusion assumée, on termine « Acceptions » par une touche d’espoir et un conseil pour une vie heureuse. Un sample bien choisi dans lequel tu dis à celui qui a sombré avec toi durant 9 tracks, de s’amuser et de profiter de la vie… Pourquoi ce choix en opposition complète, tant musicale que textuelle, avec le reste du projet ?

Un peu égoïstement, comme une litanie personnelle… « Tout n’est pas si dur, la vie est trop courte pour se focaliser sur le négatif. Rend service aux gens qui te portent de l’affection : arrêtes de noircir le tableau et d’être auto-centré, et kiffes ce qui doit l’être ».

Et si par la même ça peut servir à d’autres, tant mieux.

Il y a un autre sujet qui revient beaucoup dans tes textes, et notamment dans cet ep: les autres rappeurs, (« ceux que tu n’écouteras pas ») et le fait que ton style soit validé ou pas.. Malgré tes revendications jemenfoutiste à ce sujet, ça doit te travailler un peu pour que ça revienne dans tes textes de la sorte ?

Eheh bien vu. Bien-sûr ça me travaille, voir des abrutis finis tenir le haut de l’affiche à la place d’autres, des réseaux parisiano-bourgeois continuer de faire la pluie et le beau temps dans ce milieu en se pignolant sur des trucs complètement pétés, souvent déjà vus et revus, ou à l’inverse sur des branleurs pseudo-intello et chiants à mourir, des programmateurs suivre le mouvement comme des moutons parce-que de toute façon ils se foutent bien que cette musique pâtisse de telle ou telle image…

Oui, j’aime trop cette musique pour que cela me laisse insensible. Le problème c’est qu’après, tu rentres dans un conflit de valeurs… « Ah bon ? Tu aimes vraiment cette merde toi en fait ? Bâ ouais j’ai l’droit ! il t’arrive quoi ? » Que veux-tu répondre à ça ? C’est très vrai au final, chacun aime ce qu’il veut ! C’est dur à accepter parce-que tout artiste voudrait que la terre entière aime et n’écoute que ce qu’il aime aussi, ou pire, ce qu’il fait lui-même… Mais c’est obligatoire. L’hypocrisie, la jalousie, l’aigreur et l’égo-tripping font partie intégrante de cette musique. C’est vrai en France mais sûrement encore plus aux US, et la vérité c’est que 90% des rappeurs laissent ces aspects prendre le pas sur le reste de leur probable éventail de thématiques, même (voir surtout) quand ils prétendent qu’ils se foutent de tous les autres. Je n’ai pas dérogé à la règle et me suis moi-même laissé prendre. Heureusement on m’en a fait part. Comme il est vrai que je n’écoute quasiment rien de ce qui sort, comment pourrais-je en parler ? Donc ce furent mes derniers morceaux sur ce « thème » si tant est que c’en soit un. Bon je glisserai toujours quelques lignes à ce sujet ça et là, ça doit rester du rap et pas qu’un discours social, mais j’ai assez parlé de tout ça, ça n’est pas très intéressant et en vrai, je m’en veux presque un peu d’avoir trop mis en avant des morceaux qui traitent de ce sujet-là, mais maintenant que c’est dehors je dois les assumer.

Du coup tu n’écoutes vraiment pas ce qui se fait dans le rap francophone aujourd’hui ? Tu ne pourrais même pas me citer quelques mecs qui te mettent des claques ?

J’écoute énormément de rap US et très peu de français, pour la simple raison que j’en ai bouffé de 15 à 25 ans quasiment sans cesse, et que le rap français d’aujourd’hui a tendance à me lasser. Mais si allez je peux quand-même te donner quelques noms dont j’aime soit la plûme, soit les choix de prod, la cohérence de leur parcours, etc…

Lino – Nakk – Le SeptVîrus depuis peu pour son Ep « Huis-Clos » – Casey – Rocé – Perso  – Grems à petites doses mais pour la longévité et le frais qu’il apporte – Ypsos et la Ligne 81 – Zedo.

Après j’entends parfois des choses qui me plaisent sur le coup mais dont je me lasse très vite, mais au-delà de ça il m’arrive de cliquer de temps à autres sur les trucs qui « marchent », pour voir… Globalement je trouve que tous se ressemblent beaucoup trop, aussi bien dans les sons, que les tournures de phrases et le langage, que dans les apparences et les gimmicks… Mais encore une fois, je n’en écoute pas assez pour juger. J’ai tendance à plus parler de ceux que j’ai eu l’occasion de voir sur scène, c’est là qu’on distingue le mieux les passionné(e)s des girouettes. Après j’écoute énormément de beats, aussi bien ce qui vient de France que d’Europe ou des US. Là mes goûts sont beaucoup plus larges et moins « segmentés », encore que…

Ça me donne quand même envie de parler d’un groupe en particulier, dernièrement encensé par des critiques de tous horizons… Et j’ai personnellement eu un paquet de débats (interminables) alcoolisé ou pas, avec mes potes. PNL ?

Sans commentaire, ça m’intéresse pas.

Pour revenir rapide sur le fait que tu écoutes pas mal de beats, tu peux me citer deux-trois sons que t’écoutent en ce moment ?

V’Don – Alchemist – Israeli Salad – Prayer Hands Emoji

Niquel on va s’écouter ça, et pour conclure, si t’as quelque chose à rjouter sur cet ep c’est le moment, ou sur autre chose d’ailleurs ?

Remercier simplement les curieux qui ont écouté ou qui le feront, doublement ceux qui partagent et en parlent autour d’eux, triplement ceux qui lâchent quelques euros pour télécharger l’Ep. La suite arrive tranquillement mais sûrement.

Merci à toi.

Pour se procurer l’ep « Acceptions » de J.Keuz, c’est par là. Et pour suivre le rappeur, on te laisse avec la page facebook de son duo Scoop & J.Keuz ainsi que leur soundcloud.


 

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